Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/372

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le reprendre dans un pays où il regne, quoiqu’on y soit, que de relever les défauts de l’humanité quoiqu’on vive avec les hommes. Ne suis-je pas à présent moi-même un habitant de Paris ? Peut-être, sans le savoir, ai-je déjà contribué pour ma part au désordre que j’y remarque ; peut-être un trop long séjour y corromproit-il ma volonté même ; peut-être, au bout d’un an, ne serois-je plus qu’un bourgeois, si pour être digne de toi, je ne gardois l’ame d’un homme libre & les mœurs d’un citoyen. Laisse-moi donc te peindre sans contrainte les objets auxquels je rougisse de ressembler & m’animer au pur zele de la vérité par le tableau de la flatterie & du mensonge.

Si j’étois le maître de mes occupations & de mon sort je saurois, n’en doute pas, choisir d’autres sujets de lettres ; & tu n’étois pas mécontente de celles que je t’écrivois de Meillerie & du Valais : mais, chère amie, pour avoir la force de supporter le fracas du monde où je suis contraint de vivre, il faut bien au moins que je me console à te le décrire & que l’idée de te préparer des relations m’excite à en chercher les sujets. Autrement le découragement va m’atteindre à chaque pas & il faudra que j’abandonne tout si tu ne veux rien voir avec moi. Pense que, pour vivre

d’une maniere si peu conforme à mon goût, je fais un effort qui n’est pas indigne de sa cause ; & pour juger quels soins me peuvent mener à toi, souffre que je te parle quelquefois des maximes qu’il faut connoître & des obstacles qu’il faut surmonter.

Malgré ma lenteur, malgré mes distractions inévitables,