Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/373

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mon recueil étoit fini quand ta lettre est arrivée heureusement pour le prolonger ; & j’admire, en le voyant si court, combien de choses ton cœur m’a sçu dire en si peu d’espace. Non, je soutiens qu’il n’y a point de lecture aussi délicieuse, même pour qui ne te connaîtroit pas, s’il avoit une ame semblable aux nôtres. Mais comment ne te pas connoître en lisant tes lettres ? Comment prêter un ton si touchant & des sentimens si tendres à une autre figure que la tienne ? À chaque phrase ne voit-on pas le doux regard de tes yeux ? À chaque mot n’entend-on pas ta voix charmante ! Quelle autre que Julie a jamais aimé, pensé, parlé, agi, écrit comme elle ! Ne sois donc pas surprise si tes lettres, qui te peignent si bien, font quelquefois sur ton idolâtre amant le même effet que ta présence. En les relisant je perds la raison, ma tête s’égare dans un délire continuel, un feu dévorant me consume, mon sang s’allume & pétille, une fureur me fait tressaillir. Je crois te voir, te toucher, te presser contre mon sein… Objet adoré, fille enchanteresse, source de délices & de volupté, comment, en te voyant, ne pas voir les houris faites pour les bienheureux ?… Ah ! viens… Je la sens… Elle m’échappe & je n’embrasse qu’une ombre… Il est vrai, chère amie, tu es trop belle & tu fus trop tendre pour mon foible cœur ; il ne peut oublier ni ta beauté ni tes caresses ; tes charmes triomphent de l’absence, ils me poursuivent partout, ils me font craindre la solitude ; & c’est le comble de ma misere de n’oser m’occuper toujours de toi.

Ils seront donc unis malgré les obstacles, ou plutôt ils le