Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/392

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de son zele ; nous ne devons pas seulement consulter son attachement pour nous & le besoin que nous avons d’elle, mais ce qui convient à son nouvel état & ce qui peut agréer ou déplaire à son mari. Nous n’avons pas besoin de chercher ce qu’exigeroit en pareil cas la vertu ; les loix seules de l’amitié suffisent. Celui qui, pour son intérêt particulier, pourroit compromettre un ami mériteroit-il d’en avoir ? Quand elle étoit fille, elle étoit libre, elle n’avoit à répondre de ses démarches qu’à elle-même & l’honnêteté de ses intentions suffisoit pour la justifier à ses propres yeux. Elle nous regardoit comme deux époux destinés l’un à l’autre ; & son cœur sensible & pur alliant la plus chaste pudeur pour elle-même à la plus tendre compassion pour sa coupable amie, elle couvroit ma faute sans la partager. Mais à présent tout est changé ; elle doit compte de sa conduite à un autre ; elle n’a pas seulement engagé sa foi, elle a aliéné sa liberté. Dépositaire en même tems de l’honneur de deux personnes, il ne lui suffit pas d’être honnête, il faut encore qu’elle soit honorée ; il ne lui suffit pas de ne rien faire que de bien, il faut encore qu’elle ne fasse rien qui ne soit approuvé. Une femme vertueuse ne doit pas seulement mériter l’estime de son mari, mais l’obtenir ; s’il la bl ame, elle est blâmable ; & fût-elle innocente, elle a tort sitôt qu’elle est soupçonnée : car les apparences mêmes sont au nombre de ses devoirs.

Je ne vois pas clairement si toutes ces raisons sont bonnes, tu en seras le juge ; mais un certain sentiment intérieur m’avertit qu’il n’est pas bien que ma cousine continue d’être ma confidente, ni qu’elle me le dise la premiere. Je me suis