Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/393

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souvent trouvée en faute sur mes raisonnements, jamais sur les mouvemens secrets qui me les inspirent & cela fait que j’ai plus de confiance à mon instinct qu’à ma raison.

Sur ce principe, j’ai déjà pris un prétexte pour retirer tes lettres, que la crainte d’une surprise me faisoit tenir chez elle. Elle me les a rendues avec un serrement de cœur que le mien m’a fait apercevoir & qui m’a trop confirmé que j’avois fait ce qu’il faloit faire. Nous n’avons point eu d’explication, mais nos regards en tenoient lieu ; elle m’a embrassée en pleurant ; nous sentions sans nous rien dire combien le tendre langage de l’amitié a peu besoin du secours des paroles.

À l’égard de l’adresse à substituer à la sienne, j’avois songé d’abord à celle de Fanchon Anet & c’est bien la voie la plus sûre que nous pourrions choisir ; mais, si cette jeune femme est dans un rang plus bas que ma cousine, est-ce une raison d’avoir moins d’égards pour elle en ce qui concerne l’honnêteté ? N’est-il pas à craindre, au contraire, que des sentimens moins élevés ne lui rendent mon exemple plus dangereux, que ce qui n’étoit pour l’une que l’effort d’une amitié sublime ne soit pour l’autre un commencement de corruption & qu’en abusant de sa reconnoissance je ne force la vertu même à servir d’instrument au vice ? Ah ! n’est-ce pas assez pour moi d’être coupable, sans me donner des complices, & sans aggraver mes fautes du poids de celles d’autrui ? N’y pensons point, mon ami : j’ai imaginé un autre expédient, beaucoup moins sûr à la vérité, mais aussi moins répréhensible, en ce qu’il ne compromet personne, & ne nous donne aucun confident ; c’est de m’écrire sous un nom en l’air, comme, par