Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/395

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Les deux plus grands, les deux plus vertueux des modernes, Catinat, Fénelon, étoient tous deux François : Henri IV, le roi que j’aime, le bon roi, l’étoit. Si la France n’est pas le pays des hommes libres, elle est celui des hommes vrais ; & cette liberté vaut bien l’autre aux yeux du sage. Hospitaliers, protecteurs de l’étranger, les François lui passent même la vérité qui les blesse ; & l’on se feroit lapider à Londres si l’on y osoit dire des Anglois la moitié du mal que les François laissent dire d’eux à Paris. Mon pere, qui a passé sa vie en France, ne parle qu’avec transport de ce bon & aimable peuple. S’il y a versé son sang au service du prince, le prince ne l’a point oublié dans sa retraite & l’honore encore de ses bienfaits ; ainsi je me regarde comme intéressée à la gloire d’un pays où mon pere a trouvé la sienne. Mon ami, si chaque peuple a ses bonnes & mauvaises qualités, honore au moins la vérité qui loue, aussi bien que la vérité qui blâme.

Je te dira plus ; pourquoi perdrois-tu en visites oisives le tems qui te reste à passer aux lieux où tu es ? Paris est-il moins que Londres le théâtre des talents & les étrangers y font-ils moins aisément leur chemin ? Crois-moi, tous les Anglois ne sont pas des lords Edouards & tous les François ne ressemblent pas à ces beaux diseurs qui te déplaisent si fort. Tente, essaye, fais quelques épreuves, ne fût-ce que pour approfondir les mœurs & juger à l’œuvre ces gens qui parlent si bien. Le pere de ma cousine dit que tu connois la constitution de l’Empire & les intérêts des princes, Milord Edouard trouve aussi que tu n’as pas mal étudié les principes