Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/40

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des plaisirs qu’ils ne lavent pas connoitre ; que ces plaisirs sont moins insipides, moins grossiers qu’ils ne pensent ; qu’il y peut régner du goût, du choix, de la délicatesse ; qu’un homme de mérite qui vous, droit se retirer à la campagne avec sa famille, & devenir lui-même son propre fermier, y pourroit couler une vie aussi douce qu’au milieu des amusemens des Villes, qu’une ménagere des champs peut être une femme charmante, aussi pleine de graces, & de graces plus touchantes que toutes les petites maîtresse ; qu’enfin les plus doux sentimens du cœur y peuvent animer une société plus agréable que le langage apprêté des cercles ; où nos rires mordans & satyriques sont le triste supplément de la gaieté qu’on n’y connoit plus ? Est-ce bien cela ?

R. C’est cela même. À quoi l’ajouterai seulement une réflexion. L’on se plaint que les Rornans troublent les têtes : je le crois bien. En montrant sans cesse à ceux qui les lisent, les prétendus charmes d’un état qui n’est pas le leur, ils les séduisent, ils leur sont prendre leur état en dédain, & en faire un échange imaginaire contre