Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/406

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qui copient en maîtres & savent rétablir les mauvaises leçons.

Leur parure est plus recherchée que magnifique ; il y regne plus d’élégance que de richesse. La rapidité des modes, qui vieillit tout d’une année à l’autre, la propreté qui leur fait aimer à changer souvent d’ajustement, les préservent d’une somptuosité ridicule : elles n’en dépensent pas moins, mais leur dépense est mieux entendue ; au lieu d’habits râpés & superbes comme en Italie, on voit ici des habits plus simples & toujours frais. Les deux sexes ont à cet égard la même modération, la même délicatesse & ce goût me fait grand plaisir : j’aime fort à ne voir ni galons ni taches. Il n’y a point de peuple, excepté le nôtre, où les femmes surtout portent moins la dorure. On voit les mêmes étoffes dans tous les états & l’on auroit peine à distinguer une duchesse d’une bourgeoise, si la premiere n’avoit l’art de trouver des distinctions que l’autre n’oseroit imiter. Or ceci semble avoir sa difficulté ; car quelque mode qu’on prenne à la cour, cette mode est suivie à l’instant à la ville ; & il n’en est pas des bourgeoises de Paris comme des provinciales & des étrangeres, qui ne sont jamais qu’à la mode qui n’est plus. Il n’en est pas encore comme dans les autres pays, où les plus grands étant aussi les plus riches, leurs femmes se distinguent par un luxe que les autres ne peuvent égaler. Si les femmes de la cour prenoient ici cette voie, elles seroient bientôt effacées par celles des financiers.

Qu’ont-elles donc fait ? Elles ont choisi des moyens plus sûrs, plus adroits & qui marquent plus de réflexion. Elles