Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/413

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point été consulté ? Qui n’épouse que la fortune ou l’état ne doit rien à la personne.

L’amour même, l’amour a perdu ses droits & n’est pas moins dénaturé que le mariage. Si les époux sont ici des garçons & des filles qui demeurent ensemble pour vivre avec plus de liberté, les amans sont des gens indifférens qui se voyent par amusement, par air, par habitude, ou pour le besoin du moment : le cœur n’a que faire à ces liaisons ; on n’y consulte que la commodité & certaines convenances extérieures. C’est, si l’on veut, se connoître, vivre ensemble, s’arranger, se voir, moins encore s’il est possible. Une liaison de galanterie dure un peu plus qu’une visite ; c’est un recueil de jolis entretiens & de jolies lettres pleines de portraits, de maximes, de philosophie & de bel esprit. À l’égard du physique, il n’exige pas tant de mystere ; on a tres sensément trouvé qu’il faloit régler sur l’instant des désirs la facilité de les satisfaire : la premiere venue, le premier venu, l’amant ou un autre, un homme est toujours un homme, tous sont presque également bons ; & il y a du moins à cela de la conséquence, car pourquoi seroit-on plus fidele à l’amant qu’au mari ? & puis à certain âge tous les hommes sont à peu près le même homme, toutes les femmes la même femme ; toutes ces poupées sortent de chez la même marchande de modes & il n’ya guere d’autre choix à faire que ce qui tombe le plus commodément sous la main.

Comme je ne sais rien de ceci par moi-même, on m’en a parlé sur un ton si extraordinaire qu’il ne m’a pas été possible de bien entendre ce qu’on m’en a dit. Tout ce que j’en