Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/429

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bancs de la Comédie-Françoise parmi la premiere noblesse du pays ; & jamais on n’entendit parler à Rome avec tant de respect de la majesté du peuple romain qu’on parle à Paris de la majesté de l’Opéra.

Voilà ce que j’ai pu recueillir des discours d’autrui sur ce brillant spectacle ; que je vous dise à présent ce que j’y ai vu moi-même.

Figurez-vous une gaine large d’une quinzaine de pieds & longue à proportion, cette gaine est le théâtre. Aux deux côtés, on place par intervalles des feuilles de paravent sur lesquelles sont grossierement peins les objets que la scene doit représenter. Le fond est un grand rideau peint de même & presque toujours percé ou déchiré, ce qui représente des gouffres dans la terre ou des trous dans le Ciel, selon la perspective. Chaque personne qui passe derriere le théâtre & touche le rideau, produit en l’ébranlant une sorte de tremblement de terre assez plaisant à voir. Le Ciel est représenté par certaines guenilles bleuâtres, suspendues

    soixante avec honneur, j’ai quitté ce matin mon foyer Chevalier Romain, j’y rentrerai ce soir vil Histrion. Hélas ! J’ai vécu trop d’un jour. Ô fortune ! S’il faloit me déshonorer une fois, que ne m’y forçois-tu quand la jeunesse & la vigueur me laissoient au moins une figure agréable : mais maintenant quel triste objet viens-je exposer aux rebuts du peuple Romain ? Une voix éteinte, un corps infirme, un cadavre, un sépulcre animé, qui n’a plus rien de moi que nom. Le prologue entier qu’il récita dns cette occasion, l’injustice que lui fit César piqué de la noble liberté avec laquelle il vengeoit son honneur flétri, l’affront qu’il reçut au cirque, la bassesse qu’eut Ciceron d’insulter à son opprobre, la réponse fine & piquante que lui fitLabérius ; tout cela nous a été conservé par Aulu-gelle, & c’est à mon gré le morceau le plus curieux & le plus intéressant de son fade recueil.