Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/453

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fait en cela que rendre justice au sexe en général ; & dans quel pays du monde la douceur & la commisération ne sont-elles pas l’aimable partage des femmes ?

Quelle différence de tableau si vous m’eussiez peint ce que vous aviez vu plutôt que ce qu’on vous avoit dit, ou du moins que vous n’eussiez consulté que des gens sensés ! Faut-il que vous, qui avez tant pris de soins à conserver votre jugement, alliez le perdre, comme de propos délibéré, dans le commerce d’une jeunesse inconsidérée, qui ne cherche, dans la société des sages, qu’à les séduire & non pas à les imiter ! Vous regardez à de fausses convenances d’âge qui ne vous vont point & vous oubliez celles de lumieres & de raison qui vous sont essentielles. Malgré tout votre emportement, vous êtes le plus facile des hommes ; & malgré la maturité de votre esprit, vous vous laissez tellement conduire par ceux avec qui vous vivez, que vous ne sauriez fréquenter des gens de votre âge sans en descendre & redevenir enfant. Ainsi vous vous dégradez en pensant vous assortir & c’est vous mettre au-dessous de vous-même que de ne pas choisir des amis plus sages que vous.

Je ne vous reproche point d’avoir été conduit sans le savoir dans une maison déshonnête ; mais je vous reproche d’y avoir été conduit par de jeunes officiers que vous ne deviez pas connoître, ou du moins auxquels vous ne deviez pas laisser diriger vos amusements. Quant au projet de les ramener à vos principes, j’y trouve plus de zele que de prudence ; si vous êtes trop sérieux pour être leur camarade, vous êtes trop jeune pour être leur Mentor & vous ne devez vous mêler