Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/452

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main que celles que vous m’écriviez autrefois. Quoi ! vous pensez étudier les hommes dans les petites manieres de quelques coteries de précieuses ou de gens désœuvrés ; & ce vernis extérieur, & changeant, qui devoit à peine frapper vos yeux, fait le fond de toutes vos remarques ! Etoit-ce la peine de recueillir avec tant de soin des usages & des bienséances qui n’existeront plus dans dix ans d’ici, tandis que les ressorts éternels du cœur humain, le jeu secret & durable des passions échappent à vos recherches ? Prenons votre lettre sur les femmes, qu’y trouverai-je qui puisse m’apprendre à les connoître ? Quelque description de leur parure, dont tout le monde est instruit ; quelques observations malignes sur leurs manieres de se mettre & de se présenter ; quelque idée du désordre d’un petit nombre injustement généralisée : comme si tous les sentimens honnêtes étoient éteins à Paris & que toutes les femmes y allassent en carrosse & aux premieres loges ! M’avez-vous rien dit qui m’instruise solidement de leurs goûts, de leurs maximes, de leur vrai caractere & n’est-il pas bien étrange qu’en parlant des femmes d’un pays un homme sage ait oublié ce qui regarde les soins domestiques & l’éducation des enfans [1] ? La seule chose qui semble être de vous dans toute cette lettre, c’est le plaisir avec lequel vous louez leur bon naturel & qui fait honneur au vôtre. Encore n’avez-vous

  1. Et pourquoi ne l’auroit-il pas oublié ? Est-ce que ces soins les regardent ? Eh ! Que deviendroient le monde & l’Etat, Auteurs illustres, brillans Académiciens, que deviendriez-vous tous, si les femmes alloient quitter le gouvernement de la littérature & des affaires, pour prendre celui de leur ménage ?