Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/504

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rien, je crus que tu l’avois oubliée ; je défendis à Babi de t’en parler, & je sais qu’elle m’a tenu parole. Vaine prudence quel’amour a déconcertée, & qui n’a fait que laisser fermenter un souvenir qu’il n’est plus tems d’effacer !

Il partit comme il l’avoit promis, & je lui fis jurer qu’il ne s’arrêteroit pas au voisinage. Mais, ma chére, ce n’est pas tout ; il faut achever de te dire ce qu’aussi bien tu ne pourrois ignorer longtemps. Milord Edouard passa deux jours apres ; il se pressa pour l’atteindre ; il le joignit à Dijon, & le trouva malade. L’infortuné avoit gagné la petite vérole. Il m’avoit caché qu’il ne l’avoit point eue, & je te l’avois mené sans précaution. Ne pouvant guérir ton mal, il le voulut partager. En me rappelant la maniere dont il baisoit ta main, je ne puis douter qu’il ne se soit inoculé volontairement. On ne pouvoit être plus mal préparé ; mais c’étoit l’inoculation de l’amour, elle fut heureuse. Ce pere de la vie l’a conservée au plus tendre amant qui fut jamais : il est guéri ; & suivant la derniere lettre de Milord Edouard, ils doivent être actuellement repartis pour Paris.

Voilà, trop aimable cousine, de quoi bannir les terreurs funebres qui t’alarmoient sans sujet. Depuis long-tems tu as renoncé à la personne de ton ami, & sa vie est en sûreté. Ne songe donc qu’à conserver la tienne, & à t’acquitter de bonne grace du sacrifice que ton cœur a promis à l’amour paternel. Cesse enfin d’être le jouet d’un vain espoir, & de te repoître de chimeres. Tu te presses beaucoup d’être fiere de ta laideur ; sois plus humble, crois-moi, tu n’as encore que trop sujet de l’être. Tu as essuyé une cruelle atteinte,