Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/510

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meilleurs moralistes que ces foules de savans dont Londres, & Paris sont peuplés, qui tous se raillent de la fidélité conjugale, & regardent l’adultere comme un jeu ? Les exemples n’en sont point scandaleux ; il n’est pas même permis d’y trouver à redire ; & tous les honnêtes gens se riroient ici de celui qui, par respect pour le mariage, résisteroit au penchant de son cœur. En effet, disent-ils, un tort qui n’est que dans l’opinion n’est-il pas nul quand il est secret ? Quel mal reçoit un mari d’une infidélité qu’il ignore ? De quelle complaisance une femme ne rachete-t-elle pas ses fautes [1] ? Quelle douceur n’emploie-t-elle pas à prévenir ou guérir ses soupçons ? Privé d’un bien imaginaire, il vit réellement plus heureux ; & ce prétendu crime dont on fait tant de bruit n’est qu’un lien de plus dans la société.

À Dieu ne plaise, ô chére amie de mon cœur, que je veuille rassurer le tien par ces honteuses maximes ! Je les abhorre sans savoir les combattre ; & ma conscience y répond mieux que ma raison. Non que je me fasse fort d’un courage que je hais, ni que je voulusse d’une vertu si coûteuse : mais je me crois moins coupable en me reprochant mes fautes qu’en m’efforçant de les justifier ; & je regarde comme le comble du crime d’en vouloir ôter les remords.

  1. Et où le bon Suisse avoit-il vu cela ? Il y a long-tems que les femmes galantes l’ont pris sur un plus haut ton. Elles commencent par établir fierement leurs amans dans la maison, & si l’on daigne y souffrir le mari, c’est autant qu’il se comporte envers eux avec le respect qu’il leur doit. Une femme qui se cacheroit d’un mauvais commerce feroit croire qu’elle en a honte, & seroit deshonorée ; pas une honnête femme ne voudroit la voit.