Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/543

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il peche encore directement lui-même, parce qu’il viole la foi publique, & sacrée du mariage, sans lequel rien ne peut subsister dans l’ordre légitime des choses humaines.

Le crime est secret, disent-ils, & il n’en résulte aucun mal pour personne. Si ces philosophes croient l’existence de Dieu, & l’immortalité de l’ame, peuvent-ils appeler un crime secret celui qui a pour témoin le premier offensé, & le seul vrai juge ? Etrange secret que celui qu’on dérobe à tous les yeux, hors ceux à qui l’on ale plus d’intérêt à le cacher ! Quand même ils ne reconnaîtroient pas la présence de la Divinité, comment osent-ils soutenir qu’ils ne font de mal à personne ? Comment prouvent-ils qu’il est indifférent à un pere d’avoir des héritiers qui ne soient pas de son sang ; d’être chargé peut-être de plus d’enfans qu’il n’en auroit eu, & forcé de partager ses biens aux gages de son déshonneur sans sentir pour eux des entrailles de pere ? Supposons ces raisonneurs matérialistes ; on n’en est que mieux fondé à leur opposer la douce voix de la nature, qui réclame au fond de tous les cœurs contre une orgueilleuse philosophie, & qu’on n’attaqua jamais par de bonnes raisons. En effet, si le corps seul produit la pensée, & que le sentiment dépende uniquement des organes, deux êtres formés d’un même sang ne doivent-ils pas avoir entre eux une plus étroite analogie, un attachement plus fort l’un pour l’autre, & se ressembler d’âme comme de visage, ce qui est une grande raison de s’aimer ?

N’est-ce donc faire aucun mal, à votre avis, que d’anéantir ou troubler par un sang étranger cette union naturelle,