Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/565

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Il est sûr qu’il ne dépend plus de lui de rompre le nœud qui nous unit, ni de moi d’en avoir été plus digne. Ainsi je risque par une confidence indiscrete de l’affliger à pure perte, sans tirer d’autre avantage de ma sincérité que de décharger mon cœur d’un secret funeste qui me pese cruellement. J’en serai plus tranquille, je le sens, apres le lui avoir déclaré ; mais lui, peut-être le sera-t-il moins, & ce seroit bien mal réparer mes torts que de préférer mon repos au sien.

Que ferois-je donc dans le doute où je suis ? En attendant que le Ciel m’éclaire mieux sur mes devoirs, je suivrai le conseil de votre amitié ; je garderai le silence, je tairai mes fautes à mon époux, & je tâcherai de les effacer par une conduite qui puisse un jour en mériter le pardon.

Pour commencer une réforme aussi nécessaire, trouvez bon, mon ami, que nous cessions désormais tout commerce entre nous. Si M. de Wolmar avoit reçu ma confession, il décideroit jusqu’à quel point nous pouvons nourrir les sentimens de l’amitié qui nous lie, & nous en donner les innocens témoignages ; mais, puisque je n’ose le consulter là-dessus, j’ai trop appris à mes dépens combien nous peuvent égarer les habitudes les plus légitimes en apparence. Il est tems de devenir sage. Malgré la sécurité de mon cœur, je ne veux plus être juge en ma propre cause, ni me livrer, étant femme, à la même présomption qui me perdit étant fille. Voici la derniere lettre que vous recevrez de moi. Je vous supplie aussi de ne plus m’écrire. Cependant comme Je ne cesserai jamais de prendre à vous le plus tendre intérêt, & que ce sentiment est aussi pur que le jour qui m’éclaire, je serai bien aise de