Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/126

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Je vis alors qu’il n’avoit été question que de faire serpenter ces eaux avec économie en les divisant & réunissant à propos, en épargnant la pente le plus qu’il étoit possible, pour prolonger le circuit & se ménager le murmure de quelques petites chutes. Une couche de glaise couverte d’un pouce de gravier du lac & parsemée de coquillages formoit le lit des ruisseaux. Ces mêmes ruisseaux, courant par intervalles sous quelques larges tuiles recouvertes de terre & de gazon au niveau du sol, formoient à leur issue autant de sources artificielles. Quelques filets s’en élevoient par des siphons sur des lieux raboteux & bouillonnoient en retombant. Enfin la terre ainsi rafraîchie & humectée donnoit sans cesse de nouvelles fleurs & entretenoit l’herbe toujours verdoyante & belle.

Plus je parcourois cet agréable asile, plus je sentois augmenter la sensation délicieuse que j’avois éprouvée en y entrant. Cependant la curiosité me tenoit en haleine. J’étois plus empressé de voir les objets que d’examiner leurs impressions & j’aimois à me livrer à cette charmante contemplation sans prendre la peine de penser. Mais Madame de Wolmar, me tirant de ma rêverie, me dit en me prenant sous le bras : Tout ce que vous voyez n’est que la nature végétale & inanimée ; & quoi qu’on puisse faire, elle laisse toujours une idée de solitude qui attriste. Venez la voir animée & sensible, c’est là qu’à chaque instant du jour vous lui trouverez un attroit nouveau. Vous me prévenez, lui dis-je ; j’entends un ramage bruyant & confus & j’aperçois assez peu d’oiseaux : je comprends que vous avez une voliere. Il est vrai, dit-elle ; approchons-en. Je n’osai dire encore ce que je pensois de la voliere ; mais cette idée