Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/148

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jour dans l’Elysée ne m’eût fait craindre les interprétations. Je ne sais si le philosophe étoit plus tranquille ; mais quelque tems après, ayant par hasard tourné les yeux sur lui, je l’ai trouvé pâle, changé & je ne puis te dire quelle peine tout cela m’a fait.

En entrant dans le bosquet j’ai vu mon mari me jeter un coup d’œil & sourire. Il s’est assis entre nous ; & après un moment de silence, nous prenant tous deux par la main : Mes enfans, nous a-t-il dit, je commence à voir que mes projets ne seront point vains & que nous pouvons être unis tous trois d’un attachement durable, propre à faire notre bonheur commun & ma consolation dans les ennuis d’une vieillesse qui s’approche. Mais je vous connois tous deux mieux que vous ne me connaissez ; il est juste de rendre les choses égales ; & quoique je n’aie rien de fort intéressant à vous apprendre, puisque vous n’avez plus de secret pour moi, je n’en veux plus avoir pour vous.

Alors il nous a révélé le mystere de sa naissance, qui jusqu’ici n’avoit été connu que de mon pere. Quand tu le sauras, tu concevras jusqu’où vont le sang-froid & la modération d’un homme capable de taire six ans un pareil secret à sa femme ; mais ce secret n’est rien pour lui & il y pense trop peu pour se faire un grand effort de n’en pas parler.

Je ne vous arrêterai point, nous a-t-il dit, sur les événemens de ma vie ; ce qui peut vous importer est moins de connoître mes aventures que mon caractere. Elles sont simples comme lui ; & sachant bien ce que je suis, vous