Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


mais regarde si cette importante regle n’auroit pas besoin de plusieurs distinctions dans la pratique ; s’il faut l’appliquer indifféremment & sans exception aux femmes & aux filles, à la société générale & aux entretiens particuliers, aux affaires & aux amusements & si la décence & l’honnêteté qui l’inspirent ne la doivent pas quelquefois tempérer. Tu veux qu’en un pays de bonnes mœurs, où l’on cherche dans le mariage des convenances naturelles, il y ait des assemblées où les jeunes gens des deux sexes puissent se voir, se connaître, & s’assortir ; mais tu leur interdis avec grande raison toute entrevue particuliere. Ne serait-ce pas tout le contraire pour les femmes & les meres de famille, qui ne peuvent avoir aucun intérêt légitime à se montrer en public, que les soins domestiques retiennent dans l’intérieur de leur maison & qui ne doivent s’y refuser à rien de convenable à la maîtresse du logis ? Je n’aimerois pas à te voir dans tes caves aller faire goûter les vins aux marchands, ni quitter tes enfans pour aller régler des comptes avec un banquier ; mais, s’il survient un honnête homme qui vienne voir ton mari, ou traiter avec lui de quelque affaire, refuseras-tu de recevoir son hôte en son absence & de lui faire les honneurs de ta maison, de peur de te trouver tête à tête avec lui ? Remonte au principe & toutes les regles s’expliqueront. Pourquoi pensons-nous que les femmes doivent vivre retirées & séparées des hommes ? Ferons-nous cette injure à notre sexe de croire que ce soit par des raisons tirées de sa foiblesse & seulement pour éviter le danger des tentations ? Non, ma chére, ces indignes craintes ne conviennent point à une femme de bien, à une mere de famille sans cesse