Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/166

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que tu veux former au bien & qui s’honoreront un jour de t’avoir eue pour mere ; ton vénérable pere, qui t’est si cher, qui jouit de ton bonheur & s’illustre de sa fille plus même que de ses ayieux ; ton amie, dont le sort dépend du tien & à qui tu dois compte d’un retour auquel elle a contribué ; sa fille, à qui tu dois l’exemple des vertus que tu lui veux inspirer ; ton ami, cent fois plus idolâtre des tiennes que de ta personne & qui te respecte encore plus que tu ne le redoutes ; toi-même enfin, qui trouves dans ta sagesse le prix des efforts qu’elle t’a coûtés & qui ne voudras jamais perdre en un moment le fruit de tant de peines ; combien de motifs capables d’animer ton courage te font honte de t’oser défier de toi ? Mais, pour répondre de ma Julie, qu’ai-je besoin de considérer ce qu’elle est ? Il me suffit de savoir ce qu’elle fut durant les erreurs qu’elle déplore. Ah ! si jamais ton cœur eût été capable d’infidélité, je te permettrois de la craindre toujours ; mais, dans l’instant même où tu croyois l’envisager dans l’éloignement, conçois l’horreur qu’elle t’eût faite présente, par celle qu’elle t’inspira des qu’y penser eût été la commettre.

Je me souviens de l’étonnement avec lequel nous apprenions autrefois qu’il y a des pays où la foiblesse d’une jeune amante est un crime irrémissible, quoique l’adultere d’une femme y porte le doux nom de galanterie & où l’on se dédommage ouvertement étant mariée de la courte gêne où l’on vivoit étant fille. Je sais quelles maximes regnent là-dessus dans le grand monde, où la vertu n’est rien, où tout n’est que vaine apparence, où les crimes s’effacent par la difficulté de les