Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/167

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prouver, où la preuve même en est ridicule contre l’usage qui les autorise. Mais toi, Julie, ô toi qui, brûlant d’une flamme pure & fidele, n’étois coupable qu’aux yeux des hommes & n’avois rien à te reprocher entre le ciel & toi ; toi qui te faisois respecter au milieu de tes fautes ; toi qui, livrée à d’impuissans regrets, nous forçois d’adorer encore les vertus que tu n’avois plus ; toi qui t’indignois de supporter ton propre mépris quand tout sembloit te rendre excusable, oses-tu redouter le crime après avoir payé si cher ta foiblesse ? Oses-tu craindre de valoir moins aujourd’hui que dans les tems qui t’ont tant coûté de larmes ? Non, ma chére ; loin que tes anciens égaremens doivent t’alarmer, ils doivent animer ton courage : un repentir si cuisant ne mene point au remords & quiconque est si sensible à la honte ne sait point braver l’infamie.

Si jamais une ame faible eut des soutiens contre sa foiblesse, ce sont ceux qui s’offrent à toi ; si jamais une ame forte a pu se soutenir elle-même, la tienne a-t-elle besoin d’appui ? Dis-moi donc quels sont les raisonnables motifs de crainte. Toute ta vie n’a été qu’un combat continuel, où, même après ta défaite, l’honneur, le devoir, n’ont cessé de résister & ont fini par vaincre. Ah ! Julie, croirai-je qu’après tant de tourments & de peines, douze ans de pleurs & six ans de gloire te laissent redouter une épreuve de huit jours ? En deux mots, sois sincere avec toi-même : si le péril existe, sauve ta personne & rougis de ton cœur ; s’il n’existe pas, c’est outrager ta raison, c’est flétrir ta vertu, que de craindre un danger qui ne peut l’atteindre. Ignores-tu qu’il est des