Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/202

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Que la douce habitude d’y vivre en augmente le prix ! & que, si l’aspect en paroit d’abord peu brillant, il est difficile de ne pas l’aimer aussi-tôt qu’on la connoit ! Le goût que prend Mde. de Wolmar à remplir ses nobles devoirs, à rendre heureux & bons ceux qui l’approchent, se communique à tout ce qui en est l’objet, à son mari, à ses enfans, à ses hôtes, à ses domestiques. Le tumulte, les jeux bruyans, les longs éclats de rire ne retentissent point dans ce paisible séjour ; mais on y trouve par-tout des cœurs contens & des visages gais. Si quelquefois on y verse des larmes, elles sont d’attendrissement & de joie. Les noirs soucis, l’ennui, la tristesse, n’approchent pas plus d’ici que le vice & les remords dont ils sont le fruit.

Pour elle, il est certain qu’excepté la peine secrete qui la tourmente & dont je vous ai dit la cause dans ma précédente lettre [1], tout concourt à la rendre heureuse. Cependant avec tant de raisons de l’être, mille autres se désoleroient à sa place. Sa vie uniforme & retirée leur seroit insupportable ; elles s’impatienteroient du tracas des enfans ; elles s’ennuyeroient des soins domestiques ; elles ne pourroient souffrir la campagne ; la sagesse & l’estime d’un mari peu caressant, ne les dédommageroient ni de sa froideur ni de son âge ; sa présence & son attachement même leur seroient à charge. Ou elles trouveroient l’art de l’écarter de chez lui pour y vivre à leur liberté, ou s’en éloignant elles-mêmes, elles mépriseroient les plaisirs de leur état,

  1. Cette précédente lettre ne se trouve point. On en verra ci-apres la raison.