Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/204

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leurs enfans pour craindre que le patrimoine qu’ils ont à leur laisser ne leur pût suffire. Ils se sont donc appliqués à l’améliorer plutôt qu’à l’étendre ; ils ont placé leur argent plus surement qu’avantageusement ; au lieu d’acheter de nouvelles terres, ils ont donné un nouveau prix à celles qu’ils avoient déjà, l’exemple de leur conduite est le seul trésor dont ils veuillent accroître leur héritage.

Il est vrai qu’un bien qui n’augmente point est sujet à diminuer par mille accidens ; mais si cette raison est un motif pour l’augmenter une fois, quand cessera-t-elle d’être un prétexte pour l’augmenter toujours ? Il faudra le partager à plusieurs enfans ; mais doivent-ils rester oisifs ? Le travail de chacun n’est-il pas un supplément à son partage & son industrie ne doit-elle pas entrer dans le calcul de son bien ? L’insatiable avidité fait ainsi son chemin sous le masque de la prudence & mene au vice à force de chercher la sûreté. C’est en vain, dit M. de Wolmar, qu’on prétend donner aux choses humaines une solidité qui n’est pas dans leur nature. La raison même veut que nous laissions beaucoup de choses au hazard & si notre vie & notre fortune en dépendent toujours malgré nous, quelle folie de se donner sans cesse un tourment réel pour prévenir des maux douteux & des dangers inévitables ! La seule précaution qu’il ait prise à ce sujet a été de vivre un an sur son capital, pour se laisser autant d’avance sur son revenu ; de sorte que le produit anticipe toujours d’une année sur la dépense. Il a mieux aimé diminuer un peu son fonds que d’avoir sans cesse à courir après ses rentes. L’avantage de n’être point réduit à