Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/206

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comme on s’y voit toujours hors de la regle, on n’y fait rien qu’en tremblant de se rendre indiscret. On sent que ces peres esclaves ne vivent point pour eux, mais pour leurs enfans ; sans songer qu’ils ne sont pas seulement peres, mais hommes & qu’ils doivent à leurs enfans l’exemple de la vie de l’homme & du bonheur attaché à la sagesse. On suit ici des regles plus judicieuses. On y pense qu’un des principaux devoirs d’un bon pere de famille n’est pas seulement de rendre son séjour riant afin que ses enfans s’y plaisent, mais d’y mener lui-même une vie agréable & douce, afin qu’ils sentent qu’on est heureux en vivant comme lui & ne soient jamais tentés de prendre pour l’être une conduite opposée à la sienne. Une des maximes que M. de Wolmar répete le plus souvent au sujet des amusemens des deux cousines, est que la vie triste & mesquine des peres & meres est presque toujours la premiere source du désordre des enfans.

Pour Julie, qui n’eut jamais d’autre regle que son cœur & n’en sauroit avoir de plus sûre, elle s’y livre sans scrupule & pour bien faire, elle fait tout ce qu’il lui demande. Il ne laisse pas de lui demander beaucoup & personne ne sait mieux qu’elle mettre un prix aux douceurs de la vie. Comment cette ame si sensible seroit-elle insensible aux plaisirs ? Au contraire, elle les aime, elle les recherche, elle ne s’en refuse aucun de ceux qui la flattent ; on voit qu’elle sait les goûter : mais ces plaisirs sont les plaisirs de Julie. Elle ne néglige ni ses propres commodités ni celles des gens qui lui sont chers, c’est-à-dire de tous ceux qui l’environnent. Elle ne compte pour superflu