Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/208

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Comme le premier pas vers le bien est de ne point faire de mal, le premier pas vers le bonheur est de ne point souffrir. Ces deux maximes qui bien entendues épargneroient beaucoup de préceptes de morale, sont chéres à Mde. de Wolmar. Le mal-être lui est extrêmement sensible & pour elle & pour les autres ; & il ne lui seroit pas plus aisé d’être heureuse en voyant des misérables, qu’à l’homme droit de conserver sa vertu toujours pure, en vivant sans cesse au milieu des méchans. Elle n’a point cette pitié barbare qui se contente de détourner les yeux des maux qu’elle pourroit soulager. Elle les va chercher pour les guérir ; c’est l’existence & non la vue des malheureux qui la tourmente ; il ne lui suffit pas de ne point savoir qu’il y en a, il faut pour son repos qu’elle sache qu’il n’y en a pas, du moins autour d’elle ; car ce seroit sortir des termes de la raison que de faire dépendre son bonheur de celui de tous les hommes. Elle s’informe des besoins de son voisinage avec la chaleur qu’on met à son propre intérêt ; elle en connoît tous les habitans ; elle y étend pour ainsi dire l’enceinte de sa famille & n’épargne aucun soin pour en écarter tous les sentimens de douleur & de peine auxquels la vie humaine est assujettie.

Milord, je veux profiter de vos leçons ; mais pardonnez-moi un enthousiasme que je ne me reproche plus & que vous partagez. Il n’y aura jamais qu’une Julie au monde. La providence a veillé sur elle & rien de ce qui la regarde n’est un effet du hazard. Le Ciel semble l’avoir donnée à la terre pour y montrer à la fois l’excellence dont une ame humaine