Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/226

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le salon d’Apollon. Je n’imaginois pas qu’on pût rien ajouter d’obligeant à la réception qu’on m’avoit faite ; mais ce souper me donna d’autres idées. J’y trouvai je ne sais quel délicieux mélange de familiarité, de plaisir, d’union, d’aisance, que je n’avois point encore éprouvé. Je me sentois plus libre sans qu’on m’eût averti de l’être ; il me sembloit que nous nous entendions mieux qu’auparavant. L’éloignement des domestiques m’invitoit à n’avoir plus de réserve au fond de mon cœur ; & c’est là qu’à l’instance de Julie je repris l’usage, quitté depuis tant d’années, de boire avec mes hôtes du vin pur à la fin du repas.

Ce souper m’enchanta : j’aurois voulu que tous nos repas se fussent passés de même. Je ne connaissois point cette charmante salle, dis-je à Mde. de Wolmar ; pourquoi n’y mangez-vous pas toujours ? - Voyez, dit-elle, elle est si jolie ! ne serait-ce pas dommage de la gâter ? Cette réponse me parut trop loin de son caractere pour n’y pas soupçonner quelque sens caché. Pourquoi du moins, repris-je, ne rassemblez-vous pas toujours autour de vous les mêmes commodités qu’on trouve ici, afin de pouvoir éloigner vos domestiques & causer plus en liberté ? - C’est, me répondit-elle encore, que cela seroit trop agréable & que l’ennui d’être toujours à son aise est enfin le pire de tous. Il ne m’en falut pas davantage pour concevoir son systeme ; & je jugeai qu’en effet l’art d’assaisonner les plaisirs n’est que celui d’en être avare.

Je trouve qu’elle se met avec plus de soin qu’elle ne faisoit autrefois. La seule vanité qu’on lui ait jamais reprochée