Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/227

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étoit de négliger son ajustement. L’orgueilleuse avoit ses raisons & ne me laissoit point de prétexte pour méconnoître son empire. Mais elle avoit beau faire, l’enchantement étoit trop fort pour me sembler naturel ; je m’opiniâtrois à trouver de l’art dans sa négligence ; elle se seroit coiffée d’un sac que je l’aurois accusée de coquetterie. Elle n’auroit pas moins de pouvoir aujourd’hui ; mais elle dédaigne de l’employer ; & je dirois qu’elle affecte une parure plus recherchée pour ne sembler plus qu’une jolie femme, si je n’avois découvert la cause de ce nouveau soin. J’y fus trompé les premiers jours ; & sans songer qu’elle n’étoit pas mise autrement qu’à mon arrivée où je n’étois point attendu, j’osai m’attribuer l’honneur de cette recherche. Je me désabusai durant l’absence de M. de Wolmar. Des le lendemain ce n’étoit plus cette élégance de la veille dont l’œil ne pouvoit se lasser, ni cette simplicité touchante & voluptueuse qui m’enivroit autrefois ; c’étoit une certaine modestie qui parle au cœur par les yeux, qui n’inspire que du respect & que la beauté rend plus imposante. La dignité d’épouse & de mere régnoit sur tous ses charmes ; ce regard timide & tendre étoit devenu plus grave ; & l’on eût dit qu’un air plus grand & plus noble avoit voilé la douceur de ses traits. Ce n’étoit pas qu’il y eût la moindre altération dans son maintien ni dans ses manieres ; son égalité, sa candeur, ne connurent jamais les simagrées ; elle usoit seulement du talent naturel aux femmes de changer quelquefois nos sentimens & nos idées par un ajustement différent, par une coiffure d’une autre forme, par une robe d’une autre couleur & d’exercer