Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/235

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Considérez encore qu’ici l’effet de chaque chose vient moins d’elle-même que de son usage & de son accord avec le reste ; de sorte qu’avec des parties de peu de valeur Julie a fait un tout d’un grand prix. Le goût aime à créer, à donner seul la valeur aux choses. Autant la loi de la mode est inconstante & ruineuse, autant la sienne est économe & durable. Ce que le bon goût approuve une fois est toujours bien ; s’il est rarement à la mode, en revanche il n’est jamais ridicule & dans sa modeste simplicité il tire de la convenance des choses des regles inaltérables & sûres, qui restent quand les modes ne sont plus.

Ajoutez enfin que l’abondance du seul nécessaire ne peut dégénérer en abus, parce que le nécessaire a sa mesure naturelle & que les vrais besoins n’ont jamais d’exces. On peut mettre la dépense de vingt habits en un seul & manger en un repas le revenu d’une année ; mais on ne sauroit porter deux habits en même temps, ni dîner deux fois en un jour. Ainsi l’opinion est illimitée, au lieu que la nature nous arrête de tous côtés ; & celui qui, dans un état médiocre, se borne au bien-être ne risque point de se ruiner.

Voilà, mon cher, continuoit le sage Wolmar, comment avec de l’économie & des soins on peut se mettre au-dessus de sa fortune. Il ne tiendroit qu’à nous d’augmenter la nôtre sans changer notre maniere de vivre ; car il ne se fait ici presque aucune avance qui n’ait un produit pour objet & tout ce que nous dépensons nous rend de quoi dépenser beaucoup plus.

He bien ! milord, rien de tout cela ne paroit au premier