Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/243

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dédaigne point le pauvre & rend honneur aux cheveux blancs. Voilà l’encens qui plait aux ames bienfaisantes. S’il est des bénédictions humaines que le Ciel daigné exaucer, ce ne sont point celles qu’arrachent la flatterie & la bassesse en présence des gens qu’on loue ; mais celles que dicte en secret un cœur simple & reconnoissant au coin d’un foyer rustique.

C’est ainsi qu’un sentiment agréable & doux peut couvrir de son charme une vie insipide à des cœurs indifférens : c’est ainsi que les soins, les travaux, la retraite peuvent devenir des amusemens par l’art de les diriger. Une ame saine peut donner du goût à des occupations communes, comme la santé du corps fait trouver bons les alimens les plus simples. Tous ces gens ennuyés qu’on amuse avec tant de peine doivent leur dégoût à leurs vices & ne perdent le sentiment du plaisir qu’avec celui du devoir. Pour Julie, il lui est arrivé précisément le contraire & des soins qu’une certaine langueur d’âme lui eût laissé négliger autrefois, lui deviennent intéressans par le motif qui les inspire. Il faudroit être insensible pour être toujours sans vivacité. La sienne s’est développée par les mêmes causes qui la réprimoient autrefois. Son cœur cherchoit la retraite & la solitude pour se livrer en paix aux affections dont il étoit pénétré ; maintenant elle a pris une activité nouvelle en formant de nouveaux liens. Elle n’est point de ces indolentes meres de famille, contentes d’étudier quand il faut agir, qui perdent à s’instruire des devoirs d’autrui le tems qu’elles devroient mettre à remplir les leurs. Elle pratique aujourd’hui ce qu’elle apprenoit autrefois. Elle n’étudie plus, elle ne lit plus ; elle agit. Comme