Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/250

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le champ, mais les onchets n’ont pas moins été emportés sans qu’il ait recommencé de pleurer, comme je m’y étois attendu. Cette circonstance, qui n’étoit rien, m’en a rappellé beaucoup d’autres auxquelles je n’avois fait nulle attention ; & je ne me souviens pas, en y pensant, d’avoir vu d’enfans à qui l’on parlât si peu & qui fussent moins incommodes. Ils ne quittent presque jamais leur mere & à peine s’aperçoit-on qu’ils soient là. Ils sont vifs, étourdis, sémillants, comme il convient à leur âge, jamais importuns ni criards & l’on voit qu’ils sont discrets avant de savoir ce que c’est que discrétion. Ce qui m’étonnoit le plus dans les réflexions où ce sujet m’a conduit, c’étoit que cela se fît comme de soi-même & qu’avec une si vive tendresse pour ses enfans Julie se tourmentât si peu autour d’eux. En effet, on ne la voit jamais s’empresser à les faire parler ou taire, ni à leur prescrire ou défendre ceci ou cela. Elle ne dispute point avec eux, elle ne les contrarie point dans leurs amusements ; on diroit qu’elle se contente de les voir & de les aimer & que, quand ils ont passé leur journée avec elle, tout son devoir de mere est rempli.

Quoique cette paisible tranquillité me parût plus douce à considérer que l’inquiete sollicitude des autres meres, je n’en étois pas moins frappé d’une indolence qui s’accordoit mal avec mes idées. J’aurois voulu qu’elle n’eût pas encore été contente avec tant de sujets de l’être : une activité superflue sied si bien à l’amour maternel ! Tout ce que je voyois de bon dans ses enfans, j’aurois voulu l’attribuer à ses soins ; j’aurois voulu qu’ils dussent moins à la nature &