Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/249

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parler, ont-ils modéré par imitation leur caquet, comme craignant de troubler le recueillement universel. C’est la petite surintendante qui la premiere s’est mise à baisser la voix, à faire signe aux autres, à courir sur la pointe du pied ; & leurs jeux sont devenus d’autant plus amusans que cette légere contrainte y ajoutoit un nouvel intérêt. Ce spectacle, qui sembloit être mis sous nos yeux pour prolonger notre attendrissement, a produit son effet naturel.

Ammutiscon le lingue, e parlan l’alme [1].


Que de choses se sont dites sans ouvrir la bouche ! Que d’ardens sentimens se sont communiqués sans la froide entremise de la parole ! Insensiblement Julie s’est laissée absorber à celui qui dominoit tous les autres. Ses yeux se sont tout-à-fait fixés sur ses trois enfans & son cœur, ravi dans une si délicieuse extase, animoit son charmant visage de tout ce que la tendresse maternelle eut jamais de plus touchant.

Livrés nous-mêmes à cette double contemplation, nous nous laissions entraîner Wolmar & moi, à nos rêveries, quand les enfans qui les causoient les ont fait finir. L’aîné, qui s’amusoit aux images, voyant que les onchets empêchoient son frere d’être attentif, a pris le tems qu’il les avoit rassemblés & lui donnant un coup sur la main, les a fait sauter par la chambre. Marcellin s’est mis à pleurer ; & sans s’agiter pour le faire taire, Mde. de Wolmar a dit à Fanchon d’emporter les onchets. L’enfant s’est tu sur

  1. Les langues se taisent mais les cœurs parlent.