Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/254

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Tous les caracteres sont bons & sains en eux-mêmes, selon M. de Wolmar. Il n’y a point, dit-il, d’erreurs dans la nature [1]. Tous les vices qu’on impute au naturel sont l’effet des mauvaises formes qu’il a reçues. Il n’y a point de scélérat dont les penchans mieux dirigés n’eussent produit de grandes vertus. Il n’y a point d’esprit faux dont on n’eût tiré des talens utiles en le prenant d’un certain biais, comme ces figures difformes & monstrueuses qu’on rend belles & bien proportionnées en les mettant à leur point de vue. Tout concourt au bien commun dans le systeme universel. Tout homme a sa place assignée dans le meilleur ordre des choses ; il s’agit de trouver cette place & de ne pas pervertir cet ordre. Qu’arrive-t-il d’une éducation commencée des le berceau & toujours sous une même formule, sans égard à la prodigieuse diversité des esprits ? Qu’on donne à la plupart des instructions nuisibles ou déplacées, qu’on les prive de celles qui leur conviendraient, qu’on gêne de toutes parts la nature, qu’on efface les grandes qualités de l’âme pour en substituer de petites & d’apparentes qui n’ont aucune réalité ; qu’en exerçant indistinctement aux mêmes choses tant de talens divers, on efface les uns par les autres, on les confond tous ; qu’apres bien des soins perdus à gâter dans les enfans les vrais dons de la nature, on voit bientôt ternir cet éclat passager & frivole qu’on leur préfere, sans que le naturel étouffé revienne jamais ; qu’on perd à la fois ce qu’on a détruit & ce qu’on a fait ; qu’enfin, pour le prix de tant de

  1. Cette doctrine si vraie me surprend dans M. De Wolmar ; on verra bientôt pourquoi.