Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/275

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pas toujours enfant & à mesure que sa raison commencera de naître, l’intention de son pere est bien de la laisser exercer. Quant à moi, ma mission ne va pas jusque-là. Je nourris des enfans & n’ai pas la présomption de vouloir former des hommes. J’espere, dit-elle en regardant son mari, que de plus dignes mains se chargeront de ce noble emploi. Je suis femme & mere, je sais me tenir à mon rang. Encore une fois, la fonction dont je suis chargée n’est pas d’élever mes fils, mais de les préparer pour être élevés.

Je ne fois même en cela que suivre de point en point le systeme de M. de Wolmar ; & plus j’avance, plus j’éprouve combien il est excellent & juste & combien il s’accorde avec le mien. Considérez mes enfans & sur-tout l’aîné ; en connaissez-vous de plus heureux sur la terre, de plus gais, de moins importuns ? Vous les voyez sauter, rire, courir toute la journée, sans jamais incommoder personne. De quels plaisirs, de quelle indépendance leur âge est-il susceptible, dont ils ne jouissent pas ou dont ils abusent ? Ils se contraignent aussi peu devant moi qu’en mon absence. Au contraire, sous les yeux de leur mere ils ont toujours un peu plus de confiance ; & quoique je sois l’auteur de toute la sévérité qu’ils éprouvent, ils me trouvent toujours la moins sévere, car je ne pourrois supporter de n’être pas ce qu’ils aiment le plus au monde.

Les seules loix qu’on leur impose aupres de nous sont celles de la liberté même, savoir, de ne pas plus gêner la compagnie qu’elle ne les gêne, de ne pas crier plus haut