Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/277

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tous deux connurent leur foiblesse & furent consolés le moment d’apres.

Un plan si nouveau & si contraire aux idées reçues m’avoit d’abord effarouché. À force de me l’expliquer, ils m’en rendirent enfin l’admirateur ; & je sentis que, pour guider l’homme, la marche de la nature est toujours la meilleure. Le seul inconvénient que je trouvais à cette méthode & cet inconvénient me parut fort grand, c’étoit de négliger dans les enfans la seule faculté qu’ils aient dans toute sa vigueur & qui ne fait que s’affaiblir en avançant en âge. Il me sembloit que, selon leur propre systeme, plus les opérations de l’entendement étoient faibles, insuffisantes, plus on devoit exercer & fortifier la mémoire, si propre alors à soutenir le travail. C’est elle, disais-je, qui doit suppléer à la raison jusqu’à sa naissance & l’enrichir quand elle est née. Un esprit qu’on n’exerce à rien devient lourd & pesant dans l’inaction. Le semence ne prend point dans un champ mal préparé & c’est une étrange préparation pour apprendre à devenir raisonnable que de commencer par être stupide. Comment, stupide ! s’est écriée aussi-tôt Mde. de Wolmar. Confondriez-vous deux qualités aussi différentes & presque aussi contraires que la mémoire & le jugement [1] ? Comme si la quantité des choses mal digérées & sans liaison dont on remplit une tête encore foible n’y faisoit pas plus de tort que de profit à la raison ! J’avoue que de toutes les facultés

  1. Cela ne me paroit pas bien vu. Rien n’est si nécessaire au jugement que la mémoire : il est vrai que ce n’est pas mémoire des mots.