Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/283

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Je crois de la Religion tout ce que j’en puis comprendre & respecte le reste sans le rejetter. Julie me fit un signe d’approbation & nous reprîmes le sujet de notre entretien.

Après être entrée dans d’autres détails qui m’ont fait concevoir combien le zele maternel est actif, infatigable & prévoyant, elle a conclu, en observant que sa méthode se rapportoit exactement aux deux objets qu’elle s’étoit proposés, savoir de laisser développer le naturel des enfans & de l’étudier. Les miens ne sont gênés en rien, dit-elle & ne sauroient abuser de leur liberté ; leur caractere ne peut ni se dépraver ni se contraindre ; on laisse en paix renforcer leur corps & germer leur jugement ; l’esclavage n’avilit point leur ame ; les regards d’autrui ne font point fermenter leur amour-propre ; ils ne se croient ni des hommes puissans, ni des animaux enchaînés, mais des enfans heureux & libres. Pour les garantir des vices qui ne sont pas en eux, ils ont, ce me semble, un préservatif plus fort que des discours qu’ils n’entendroient point, ou dont ils seroient bientôt ennuyés. C’est l’exemple des mœurs de tout ce qui les environne. Ce sont les entretiens qu’ils entendent, qui sont ici naturels à tout le monde & qu’on n’a pas besoin de composer exprès pour eux ; c’est la paix & l’union dont ils sont témoins ; c’est l’accord qu’ils voient régner sans cesse & dans la conduite respective de tous & dans la conduite & les discours de chacun.

Nourris encore dans leur premiere simplicité, d’où leur viendroient des vices dont ils n’ont point vu d’exemple, des