Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/286

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


famille, quand vous vous plaignez de n’être pas secondées, que vous connaissez mal votre pouvoir ! Soyez tout ce que vous devez être, vous surmonterez tous les obstacles ; vous forcerez chacun de remplir ses devoirs, si vous remplissez bien tous les vôtres. Vos droits ne sont-ils pas ceux de la nature ? Malgré les maximes du vice, ils seront toujours chers au cœur humain. Ah ! veuillez être femmes & meres & le plus doux empire qui soit sur la terre sera aussi le plus respecté.

En achevant cette conversation, Julie a remarqué que tout prenoit une nouvelle facilité depuis l’arrivée d’Henriette. Il est certain, dit-elle, que j’aurois besoin de beaucoup moins de soins & d’adresse, si je voulois introduire l’émulation entre les deux freres ; mais ce moyen me paroit trop dangereux ; j’aime mieux avoir plus de peine & ne rien risquer. Henriette supplée à cela : comme elle est d’un autre sexe, leur aînée, qu’ils l’aiment tous deux à la folie & qu’elle a du sens au-dessus de son âge, j’en fais en quelque sorte leur premiere gouvernante & avec d’autant plus de succes que ses leçons leur sont moins suspectes.

Quant à elle, son éducation me regarde ; mais les principes en sont si différens qu’ils méritent un entretien à part. Au moins puis-je bien dire d’avance qu’il sera difficile d’ajouter en elle aux dons de la nature & qu’elle vaudra sa mere elle-même, si quelqu’un au monde la peut valoir.

Milord, on vous attend de jour en jour & ce devroit être ici ma derniere lettre. Mais je comprends ce qui prolonge