Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/288

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nous avons affaire à un ennemi trop habile pour nous en laisser courir ; avec une poignée de monde il rend toutes nos forces inutiles & nous ôte par-tout les moyens de l’attaquer. Cependant, comme nous sommes confiants, nous pourrions bien lever des difficultés insurmontables pour de meilleurs généraux & forcer à la fin les François de nous battre. J’augure que nous payerons cher nos premiers succes & que la bataille gagnée à Dettingue, nous en fera perdre une en Flandre. Nous avons en tête un grand capitaine ; ce n’est pas tout, il a la confiance de ses troupes ; & le soldat françois qui compte sur son général est invincible. Au contraire, on en a si bon marché quand il est commandé par des courtisans qu’il méprise & cela arrive si souvent, qu’il ne faut qu’attendre les intrigues de cour & l’occasion pour vaincre à coup sûr la plus brave nation du continent. Ils le savent fort bien eux-mêmes. Milord Marlborough, voyant la bonne mine & l’air guerrier d’un soldat pris à Bleinheim [1], lui dit : S’il y eût eu cinquante mille hommes comme toi à l’armée française, elle ne se fût pas ainsi laissé battre. - Eh morbleu ! repartit le grenadier, nous avions assez d’hommes comme moi ; il ne nous en manquoit qu’un comme vous. Or, cet homme comme lui commande à présent l’armée de France & manque à la nôtre ; mais nous ne songeons guere à cela.

Quoi qu’il en soit, je veux voir les manœuvres du reste de cette campagne & j’ai résolu de rester à l’armée jusqu’à ce qu’elle entre en quartiers. Nous gagnerons tous à ce

  1. C’est le nom que les Anglois donnent à la bataille d’Hochstet.