Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/289

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délai. La saison étant trop avancée pour traverser les monts, nous passerons l’hiver où vous êtes & n’irons en Italie qu’au commencement du printemps. Dites à M. & Mde. de Wolmar que je fais ce nouvel arrangement pour jouir à mon aise du touchant spectacle que vous décrivez si bien & pour voir Mde. d’Orbe établie avec eux. Continuez, mon cher, à m’écrire avec le même soin & vous me ferez plus de plaisir que jamais. Mon équipage a été pris & je suis sans livres ; mais je lis vos lettres.

LETTRE V. DE SAINT PREUX À MILORD EDOUARD.

Quelle joie vous me donnez en m’annonçant que nous passerons l’hiver à Clarens ! Mais que vous me la faites payer cher en prolongeant votre séjour à l’armée ! Ce qui me déplaît sur-tout, c’est de voir clairement qu’avant notre séparation le parti de faire la campagne étoit déjà pris & que vous ne m’en voulûtes rien dire. Milord, je sens la raison de ce mystere & ne puis vous en savoir bon gré. Me mépriseriez-vous assez pour croire qu’il me fût bon de vous survivre, ou m’avez-vous connu des attachemens si bas, que je les préfere à l’honneur de mourir avec mon ami ? Si je ne méritois pas de vous suivre, il faloit me laisser à Londres ; vous m’auriez moins offensé que de m’envoyer ici.