Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/292

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En voulant s’éclaircir de bonne foi sur ces matieres, il s’étoit enfoncé dans les ténebres de la métaphysique, où l’homme n’a d’autres guides que les systemes qu’il y porte ; & ne voyant par-tout que doutes & contradictions, quand enfin il est venu parmi des chrétiens, il y est venu trop tard ; sa foi s’étoit déjà fermée à la vérité, sa raison n’étoit plus accessible à la certitude ; tout ce qu’on lui prouvoit détruisant plus un sentiment qu’il n’en établissoit un autre, il a fini par combattre également les dogmes de toute espece & n’a cessé d’être athée que pour devenir sceptique.

Voilà le mari que le Ciel destinoit à cette Julie en qui vous connaissez une foi si simple & une piété si douce. Mais il faut avoir vécu aussi familierement avec elle que sa cousine & moi, pour savoir combien cette ame tendre est naturellement portée à la dévotion. On diroit que rien de terrestre ne pouvant suffire au besoin d’aimer dont elle est dévorée, cet excès de sensibilité soit forcé de remonter à sa source. Ce n’est point comme sainte Thérese un cœur amoureux qui se donne le change & veut se tromper d’objet ; c’est un cœur vraiment intarissable que l’amour ni l’amitié n’ont pu épuiser & qui porte ses affections surabondantes

    duite du clergé de tous les pays & de toutes les sectes, n’autorise que trop souvent l’indiserétion. Mais loin que mon dessein dans cette note soit de me mettre lâchement à couvert, voici bien nettement mon propre sentiment fut ce point. C’est que nul vrai croyant ne sauroit être intolérant ni persécuteur. Si j’étois Magistrat & que la loi portât peine de mort contre les athées, je commencerois par faire brûler comme tel quiconque en viendroit dénoncer un autre.