Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/291

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homme & si peu vain de son savoir, c’étoit bien la peine d’être incrédule !

Il faut être instruit du caractere des deux époux ; il faut les imaginer concentrés dans le sein de leur famille ; & se tenant l’un à l’autre lieu du reste de l’univers ; il faut connoître l’union qui regne entre eux dans tout le reste, pour concevoir combien leur différend sur ce seul point est capable d’en troubler les charmes. M. de Wolmar, élevé dans le rite grec, n’étoit pas fait pour supporter l’absurdité d’un culte aussi ridicule. Sa raison, trop supérieure à l’imbécile joug qu’on lui vouloit imposer, le secoua bientôt avec mépris ; & rejetant à la fois tout ce qui lui venoit d’une autorité si suspecte, forcé d’être impie, il se fit athée.

Dans la suite, ayant toujours vécu dans des pays catholiques, il n’apprit pas à concevoir une meilleure opinion de la foi chrétienne par celle qu’on y professe. Il n’y vit d’autre religion que l’intérêt de ses ministres. Il vit que tout y consistoit encore en vaines simagrées, plâtrées un peu plus subtilement par des mots qui ne signifioient rien ; il s’aperçut que tous les honnêtes gens y étoient unanimement de son avis & ne s’en cachoient guere ; que le clergé même, un peu plus discretement, se moquoit en secret de ce qu’il enseignoit en public ; & il m’a protesté souvent qu’apres bien du tems & des recherches, il n’avoit trouvé de sa vie que trois prêtres qui crussent en Dieu [1].

  1. À Dieu ne plaise que je veuille approuver ces assertions dures & téméraires ; j’affirme seulement qu’il y a des gens qui les font & dont la con-