Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/296

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ces terreurs involontaires, elles reviennent la troubler à chaque instant. Quelle horreur pour une tendre épouse d’imaginer l’Etre suprême vengeur de sa divinité méconnue, de songer que le bonheur de celui qui fait le sien doit finir avec sa vie & de ne voir qu’un réprouvé dans le pere de ses enfans ! À cette affreuse image, toute sa douceur la garantit à peine du désespoir ; & la religion, qui lui rend amere l’incrédulité de son mari, lui donne seule la force de la supporter. Si le ciel, dit-elle souvent, me refuse la conversion de cet honnête homme, je n’ai plus qu’une grace à lui demander, c’est de mourir la premiere.

Telle est, milord, la trop juste cause de ses chagrins secrets ; telle est la peine intérieure qui semble charger sa conscience de l’endurcissement d’autrui & ne lui devient que plus cruelle par le soin qu’elle prend de la dissimuler. L’athéisme, qui marche à visage découvert chez les papistes, est obligé de se cacher dans tout pays où, la raison permettant de croire en Dieu, la seule excuse des incrédules leur est ôtée. Ce systeme est naturellement désolant : s’il trouve des partisans chez les grands & les riches qu’il favorise, il est par-tout en horreur au peuple opprimé & misérable, qui, voyant délivrer ses tyrans du seul frein propre à les contenir, se voit encore enlever dans l’espoir d’une autre vie la seule consolation qu’on lui laisse en celle-ci. Mde. de Wolmar sentant donc le mauvais effet que feroit ici le pyrrhonisme de son mari & voulant sur-tout garantir ses enfans d’un si dangereux exemple, n’a pas eu de peine à