Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/297

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engager au secret un homme sincere & vrai, mais discret, simple, sans vanité & fort éloigné de vouloir ôter aux autres un bien dont il est fâché d’être privé lui-même. Il ne dogmatise jamais, il vient au temple avec nous, il se conforme aux usages établis ; sans professer de bouche une foi qu’il n’a pas, il évite le scandale & fait sur le culte réglé par les loix tout ce que l’Etat peut exiger d’un citoyen.

Depuis pres de huit ans qu’ils sont unis, la seule Mde. d’Orbe est du secret, parce qu’on le lui a confié. Au surplus, les apparences sont si bien sauvées & avec si peu d’affectation, qu’au bout de six semaines passées, ensemble dans la plus grande intimité, je n’avois pas même conçu le moindre soupçon & n’aurois peut-être jamais pénétré la vérité sur ce point, si Julie elle-même ne me l’eût apprise.

Plusieurs motifs l’ont déterminée à cette confidence. Premierement, quelle réserve est compatible avec l’amitié qui regne entre nous ? N’est-ce pas aggraver ses chagrins à pure perte que s’ôter la douceur de les partager avec un ami ? De plus, elle n’a pas voulu que ma présence fût plus long-tems un obstacle aux entretiens qu’ils ont souvent ensemble sur un sujet qui lui tient si fort au cœur. Enfin, sachant que vous deviez bientôt venir nous joindre, elle a désiré, du consentement de son mari, que vous fussiez d’avance instruit de ses sentiments ; car elle attend de votre sagesse un supplément à nos vains efforts & des effets dignes de vous.