Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/320

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Le lieu d’assemblée est une salle à l’antique avec une grande cheminée où l’on fait bon feu. La piece est éclairée de trois lampes, auxquelles M. de Wolmar a seulement fait ajouter des capuchons de fer-blanc pour intercepter la fumée & réfléchir la lumiere. Pour prévenir l’envie & les regrets, on tâche de ne rien étaler aux yeux de ces bonnes gens qu’ils ne puissent retrouver chez eux, de ne leur montrer d’autre opulence que le choix du bon dans les choses communes & un peu plus de largesse dans la distribution. Le souper est servi sur deux longues tables. Le luxe & l’appareil des festins n’y sont pas, mais l’abondance & la joie y sont. Tout le monde se met à table, maîtres, journaliers, domestiques ; chacun se leve indifféremment pour servir, sans exclusion, sans préférence & le service se fait toujours avec grace & avec plaisir. On boit à discrétion ; la liberté n’a point d’autres bornes que l’honnêteté. La présence de maîtres si respectés contient tout le monde & n’empêche pas qu’on ne soit à son aise & gai. Que s’il arrive à quelqu’un de s’oublier, on ne trouble point la fête par des réprimandes ; mais il est congédié sans rémission des le lendemain.

Je me prévaux aussi des plaisirs du pays & de la saison.

    qu’on veuille en sortir quelquefois ? Les gueux sont malheureux parce qu’ils sont toujours gueux ; les Rois sont malheureux parce qu’ils sont toujours Rois. Les états moyens, dont on sort plus aisément offrent des plaisirs au-dessus & au-dessous de foi ; ils étendent aussi les lumieres de ceux qui les remplissent, en leur donnant plus de préjuges à connoitre & plus de degrés à comparer. Voilà, ce me semble, la principale raison pourquoi c’est généralement dans les conditions médiocres qu’on trouve les hommes les plus heureux & du meiller sens.