Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/319

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je me rappelle l’illustre & vertueuse Agrippine montrant son fils aux troupes de Germanicus. Julie ! femme incomparable ! vous exercez dans la simplicité de la vie privée le despotique empire de la sagesse & des bienfaits : vous êtes pour tout le pays un dépôt cher & sacré que chacun voudroit défendre & conserver au prix de son sang ; & vous vivez plus surement, plus honorablement au milieu d’un peuple entier qui vous aime, que les rois entourés de tous leurs soldats.

Le soir, on revient gaiement tous ensemble. On nourrit & loge les ouvriers tout le tems de la vendange ; & même le dimanche, après le prêche du soir, on se rassemble avec eux & l’on danse jusqu’au souper. Les autres jours on ne se sépare point non plus en rentrant au logis, hors le baron qui ne soupe jamais & se couche de fort bonne heure & Julie qui monte avec ses enfans chez lui jusqu’à ce qu’il s’aille coucher. À cela pres, depuis le moment qu’on prend le métier de vendangeur jusqu’à celui qu’on le quitte, on ne mêle plus la vie citadine à la vie rustique. Ces saturnales sont bien plus agréables & plus sages que celles des Romains. Le renversement qu’ils affectoient étoit trop vain pour instruire le maître ni l’esclave ; mais la douce égalité qui regne ici rétablit l’ordre de la nature, forme une instruction pour les uns, une consolation pour les autres & un lien d’amitié pour tous [1].

  1. Si de-là naît un commun état de fête, non moins doux à ceux qui descendent qu’à ceux qui montent, ne s’ensuit-il pas que tous les états sont presque indifférens par eux-mêmes, poutvu qu’on puisse &