Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/323

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


à Julie, qui m’ayant pris sur le fait, me tança séverement. Monsieur le fripon, me dit-elle tout haut, point d’injustice, même en plaisantant ; c’est ainsi qu’on s’accoutume à devenir méchant tout de bon & qui pis est, à plaisanter encore.

Voilà comment se passe la soirée. Quand l’heure de la retraite approche, Mde. de Wolmar dit, allons tirer le feu d’artifice. À l’instant, chacun prend son paquet de chenevottes, signe honorable de son travail ; on les porte en triomphe au milieu de la cour, on les rassemble en tas, on en fait un trophée, on y met le feu ; mais n’a pas cet honneur qui veut ; Julie l’adjuge, en présentant le flambeau à celui ou celle qui a fait ce soir là le plus d’ouvrage ; fût-ce elle-même, elle se l’attribue sans façon. L’auguste cérémonie est accompagnée d’acclamations & de battemens de mains. Les chenevottes font un feu clair & brillant qui s’éleve jusqu’aux nues, un vrai feu de joie autour duquel on saute, on rit. Ensuite on offre à boire à toute l’assemblée ; chacun boit à la santé du vainqueur & va se coucher content d’une journée passée dans le travail, la gaieté, l’innocence & qu’on ne seroit pas fâché de recommencer le lendemain, le surlendemain & toute sa vie.