Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/325

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


votre appui. C’est loin des lieux qu’elle habite que j’apprends à ne plus craindre d’en approcher.

J’écris à Mde. d’Orbe, le détail de notre voyage. Je ne vous le répéterai point ici. Je veux bien que vous connaissiez toutes mes faiblesses, mais je n’ai pas la force de vous les dire. Cher Wolmar, c’est ma derniere faute : je me sens déjà si loin que je n’y songe point sans fierté ; mais l’instant en est si pres encore que je ne puis l’avouer sans peine. Vous qui sûtes pardonner mes égarements, comment ne pardonneriez-vous pas la honte qu’a produit leur repentir ?

Rien ne manque plus à mon bonheur ; Milord m’a tout dit. Cher ami, je serai donc à vous ? J’éleverai donc vos enfans ? L’aîné des trois élevera les deux autres ? Avec quelle ardeur je l’ai désiré ! Combien l’espoir d’être trouvé digne d’un si cher emploi redoubloit mes soins pour répondre aux vôtres ! Combien de fois j’osai montrer là-dessus mon empressement à Julie ! Qu’avec plaisir j’interprétois souvent en ma faveur vos discours & les siens ! Mais quoiqu’elle fût sensible à mon zele & qu’elle en parût approuver l’objet, je ne la vis point entrer assez précisément dans mes vues pour oser en parler plus ouvertement. Je sentis qu’il faloit mériter cet honneur & ne pas le demander. J’attendois de vous & d’elle ce gage de votre confiance & de votre estime. Je n’ai point été trompé dans mon espoir : mes amis, croyez-moi, vous ne serez point trompés dans le vôtre.

Vous savez qu’à la suite de nos conversations sur l’éducation de vos enfans j’avois jetté sur le papier quelques idées