Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/364

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lui laisser même celui de gronder ? Quand tu aurois planté là pour huit jours ton mari, ton ménage & tes marmots, ne diroit-on pas que tout eût été perdu ? Tu aurois fait une étourderie, il est vrai ; mais tu en vaudrois cent fois mieux ; au lieu qu’en te mêlant d’être parfaite, tu ne seras plus bonne à rien & tu n’auras qu’à te chercher des amis parmi les Anges.

Malgré les mécontentemens passés, je n’ai pu sans attendrissement me retrouver au milieu de ma famille ; j’y ai été reçue avec plaisir, ou du moins avec beaucoup de caresses. J’attends pour te parler de mon frere que j’aye fait connoissance avec lui. Avec une assez belle figure, il a l’air empesé du pays où il vient. Il est sérieux & froid ; je lui trouve même un peu de morgue : j’ai grand’peur pour la petite personne, qu’au lieu d’être un aussi bon mari que les nôtres, il ne tranche un peu du seigneur & maître.

Mon pere a été si charmé de me voir, qu’il a quitté pour m’embrasser la relation d’une grande bataille que les François viennent de gagner en Flandre, comme pour vérifier la prédiction de l’ami de notre ami. Quel bonheur qu’il n’ait pas été là ! Imagines-tu le brave Edouard voyant fuir les Anglois & fuyant lui-même ? …. Jamais, jamais !…. Il se fût fait tuer cent fois.

Mais à propos de nos amis, il y a long-tems qu’ils ne nous ont écrit. N’était-ce pas hier, je crois, jour de courrier ? Si tu reçois de leurs lettres, j’espere que tu n’oublieras pas l’intérêt que j’y prends.

Adieu, cousine, il faut partir. J’attends de tes nouvelles