Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/389

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Je me crois donc libre & maître de moi dans la condition où le Ciel m’a fait naître. À l’âge où je suis on ne répare plus les pertes que mon cœur a faites. Je le dévoue à cultiver ce qui me reste & ne puis mieux le rassembler qu’à Clarens. J’accepte donc toutes vos offres, sous les conditions que ma fortune y doit mettre, afin qu’elle ne me soit pas inutile. Après l’engagement qu’a pris Saint-Preux, je n’ai plus d’autre moyen de le tenir auprès de vous que d’y demeurer moi-même ; & si jamais il y est de trop, il me suffira d’en partir. Le seul embarras qui me reste est pour mes voyages d’Angleterre ; car quoique je n’aie plus aucun crédit dans le parlement, il me suffit d’en être membre pour faire mon devoir jusqu’à la fin. Mais j’ai un collegue & un ami sûr, que je puis charger de ma voix dans les affaires courantes. Dans les occasions où je croirai devoir m’y trouver moi-même, notre éleve pourra m’accompagner, même avec les siens quand ils seront un peu plus grands & que vous voudrez bien nous les confier. Ces voyages ne sauroient que leur être utiles & ne seront pas assez longs pour affliger beaucoup leur mere.

Je n’ai point montré cette lettre à Saint-Preux ; ne la montrez pas entiere à vos dames : il convient que le projet de cette épreuve ne soit jamais connu que de vous, & de moi. Au surplus, ne leur cachez rien de ce qui fait honneur à mon digne ami, même à mes dépens. Adieu, cher Wolmar. Je vous envoye les dessins de mon pavillon : réformez, changez comme il vous plaira ; mais faites-y travailler des à présent, s’il se peut. J’en voulais ôter le salon de musique ; car tous mes goûts sont éteints & je ne me