Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/393

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LETTRE V.


DE MDE. D’ORBE À MDE. DE WOLMAR.


J’ai bien des griefs, cousine, à la charge de ce séjour. Le plus grave est qu’il me donne envie d’y rester. La ville est charmante, les habitans sont hospitaliers, les mœurs sont honnêtes & la liberté, que j’aime sur toutes choses, semble s’y être réfugiée. Plus je contemple ce petit Etat, plus je trouve qu’il est beau d’avoir une patrie & Dieu garde de mal tous ceux qui pensent en avoir une & n’ont pourtant qu’un pays ! pour moi, je sens que si j’étois née dans celui-ci, j’aurois l’ame toute Romaine. Je n’oserois pourtant pas trop dire à présent :

Rome n’est plus à Rome, elle est toute où je suis ;

car j’aurois peur que dans ta malice tu n’allasses penser le contraire. Mais pourquoi donc Rome & toujours Rome ? Restons à Geneve.

Je ne te dirai rien de l’aspect du pays. Il ressemble au nôtre, excepté qu’il est moins montueux, plus champêtre & qu’il n’a pas des chalets si voisins [1]. Je ne te dirai rien, non plus du Gouvernement. Si Dieu ne t’aide, mon pere t’en parlera de reste : il passe toute la journée à politiquer avec les Magistrats dans la joie de son cœur & je le vois déjà tres mal édifié que la gazette parle si peu de Geneve. Tu peux juger de leurs conférences par mes

  1. L’Editeur les croit un peu rapprochés.