Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/396

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plus de solidité dans leurs discours. Mais aussi cet avantage a son inconvénient qui se fait bientôt sentir. Des longueurs toujours excédantes, des arguments, des exordes, un peu d’apprêt, quelquefois des phrases, rarement de la légereté, jamais de cette simplicité naive qui dit le sentiment avant la pensée & fait si bien valoir ce qu’elle dit. Au lieu que le Français écrit comme il parle, ceux-ci parlent comme ils écrivent ; ils dissertent au lieu de causer ; on les croiroit toujours prêts à soutenir these. Ils distinguent, ils divisent, ils traitent la conversation par points : ils mettent dans leurs propos la même méthode que dans leurs livres ; ils sont auteurs & toujours auteurs. Ils semblent lire en parlant, tant ils observent bien les étymologies, tant ils font sonner toutes les lettres avec soin ! Ils articulent le marc du raisin comme Marc nom d’homme ; ils disent exactement du taba-k & non pas du taba, un pare-sol& non pas un para-sol ; avant-t-hier, & non pasavanhier, Secrétaire & non pas Segretaire, un lac-d’amour où l’on se noie & non pas où l’on s’étrangle ; partout les s finales, partout les r des infinitifs ; enfin leur parler est toujours soutenu, leurs discours sont des harangues & ils jasent comme s’ils prêchaient.

Ce qu’il y a de singulier, c’est qu’avec ce ton dogmatique & froid ils sont vifs, impétueux & ont les passions tres ardentes ; ils diroient même assez bien les choses, de sentiment s’ils ne disoient pas tout, ou s’ils ne parloient qu’à des oreilles. Mais leurs points, leurs virgules, sont tellement insupportables, ils peignent si posément des émotions