Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t3.djvu/395

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sont mêlés de franchise. Il se sent naturellement bon ; & cela lui suffit pour ne pas craindre de se montrer tel qu’il est. Il a de la générosité, du sens, de la pénétration ; mais il aime trop l’argent : défaut que j’attribue à sa situation qui le lui rend nécessaire, car le territoire ne suffiroit pas pour nourrir les habitants.

Il arrive de là que les Genevois, épars dans l’Europe pour s’enrichir, imitent les grands airs des étrangers & après avoir pris les vices des pays où ils ont vécu [1], les rapportent chez eux en triomphe avec leurs trésors. Ainsi le luxe des autres peuples leur fait mépriser leur antique simplicité ; la fiere liberté leur paroît ignoble ; ils se forgent des fers d’argent, non comme une chaîne, mais comme un ornement.

He bien ! ne me voilà-t-il pas encore dans cette maudite politique ? Je m’y perds, je m’y noie, j’en ai par-dessus la tête, je ne sais plus par où m’en tirer. Je n’entends parler ici d’autre chose, si ce n’est quand mon pere n’est pas avec nous, ce qui n’arrive qu’aux heures des courriers. C’est nous, mon enfant, qui portons partout notre influence ; car, d’ailleurs, les entretiens du pays sont utiles & variés & l’on n’apprend rien de bon dans les livres qu’on ne puisse apprendre ici dans la conversation. Comme autrefois les mœurs anglaises ont pénétré jusqu’en ce pays, les hommes, y vivant encore un peu plus séparés des femmes que dans le nôtre, contractent entre eux un ton plus grave & généralement

  1. Maintenant on ne leur donne plus la peine de les aller chercher, on les leur, porte.